Ricoh GR IVx

Ricoh GR IVx : le compact qui refuse toujours de devenir un appareil comme les autres

Avec son capteur APS-C de 25,7 millions de pixels et surtout son nouvel objectif équivalent à 40 mm, le Ricoh GR IVx poursuit une philosophie devenue presque anachronique : faire moins, mais le faire vite, discrètement et avec une vraie exigence photographique. Une proposition séduisante, mais qui impose toujours des concessions difficiles à ignorer.

À l’heure où les constructeurs rivalisent de rafales spectaculaires, de reconnaissance de sujets par intelligence artificielle et de capacités vidéo toujours plus ambitieuses, Ricoh continue tranquillement son chemin. Le GR IVx en est peut-être l’une des meilleures illustrations.
Pas de zoom. Pas de viseur intégré. Pas d’objectif interchangeable. Une ergonomie dépouillée et un boîtier qui, au premier regard, pourrait presque passer pour un compact ordinaire.
Et pourtant, le GR demeure depuis trente ans l’un des appareils les plus singuliers du marché.
Le GR IVx ne cherche donc pas à devenir un petit hybride. Il poursuit exactement l’idée inverse : éliminer tout ce qui peut s’interposer entre le photographe et la photographie.

Le véritable changement tient en deux chiffres : 40 mm

Le GR IVx reprend une grande partie de l’architecture du GR IV, commercialisé en 2025, mais abandonne son objectif équivalent à 28 mm pour adopter une nouvelle optique 26,1 mm f/2,8, soit environ 40 mm en équivalent 24 × 36. Ce nouvel objectif est constitué de huit éléments répartis en six groupes, dont trois lentilles asphériques. Ce changement de focale est beaucoup plus important qu’une simple différence technique.
Le 28 mm du GR IV est une focale de proximité. Il oblige souvent le photographe à entrer dans la scène. Il convient remarquablement à la photographie de rue, au reportage, au voyage et aux compositions dans lesquelles le décor participe fortement à l’image. Le 40 mm change la relation au sujet.
Plus naturel, moins démonstratif et sensiblement moins large, il se situe dans cette zone intermédiaire entre le 35 et le 50 mm qui correspond particulièrement bien à une photographie quotidienne : personnes dans leur environnement, scènes urbaines, détails, paysages ou portraits relativement larges.
Ricoh présente d’ailleurs ce 40 mm comme proche du champ de vision effectif de l’œil humain.
Mais ce choix est aussi la première faiblesse du GR IVx : il faut aimer le 40 mm.
Impossible de monter un 28 mm le matin et un 50 mm l’après-midi. Le photographe achète autant une focale qu’un appareil.
C’est précisément ce qui rend le GR fascinant… ou insupportable.

25,7 millions de pixels : largement assez

Derrière l’objectif se trouve un capteur CMOS APS-C de 25,74 millions de pixels, mesurant 23,3 × 15,5 mm.
Les fichiers atteignent 6192 × 4128 pixels et peuvent être enregistrés en JPEG ou en RAW DNG 14 bits. La plage de sensibilité annoncée s’étend de 100 à 204 800 ISO.
Ricoh résiste donc à la course aux très hautes définitions. Et c’est plutôt une bonne décision.
En photographie de rue et de voyage, 26 millions de pixels constituent un compromis particulièrement cohérent entre définition, poids des fichiers et performances générales.
Évidemment, celui qui compare uniquement les fiches techniques pourra trouver cette définition modeste face aux 40, 50 ou 60 millions de pixels de certains appareils contemporains.
Mais il faut rappeler ce qu’est le GR IVx : un appareil de 265 grammes batterie et carte comprises.
Demander à un appareil tenant pratiquement dans une poche de rivaliser avec un hybride haute définition accompagné d’une optique de plusieurs centaines de grammes n’a pas beaucoup de sens.

La stabilisation 5 axes change la donne

Le capteur bénéficie d’une stabilisation mécanique SR sur cinq axes. C’est une caractéristique essentielle sur un appareil aussi compact.
Avec un 40 mm f/2,8, la stabilisation permet théoriquement de travailler à des vitesses relativement lentes lorsque le sujet reste immobile et donc de limiter la montée en sensibilité.
Elle ne compense évidemment pas le mouvement du sujet, mais elle augmente considérablement la polyvalence du petit Ricoh en lumière faible.
Le GR IVx dispose également du système DR II, utilisant des vibrations ultrasoniques pour éliminer les poussières présentes sur le capteur.
Sur un appareil à objectif fixe, dont le photographe ne peut évidemment pas nettoyer directement le capteur comme celui d’un hybride, cette fonction n’est pas anecdotique.

Le Snap Focus reste l’arme secrète du GR

La photographie de rue ne dépend pas seulement de la qualité d’un autofocus. Elle dépend surtout du temps qui sépare l’intention du déclenchement. C’est ici que la philosophie GR conserve tout son intérêt.
Le GR IVx dispose d’un autofocus hybride combinant détection de phase et détection de contraste, avec suivi AF et détection des visages et des yeux. Mais surtout, Ricoh conserve son fameux système Snap Focus. Le photographe peut présélectionner une distance de mise au point : 0,3 m, 1 m, 1,5 m, 2 m, 2,5 m, 5 m ou l’infini. La fonction Full Press Snap permet alors de déclencher directement à cette distance sans attendre une acquisition autofocus.
Pour le photographe de rue habitué à travailler en anticipation, cette fonction peut être plus pertinente qu’un autofocus extraordinairement sophistiqué.
On retrouve ici quelque chose de la photographie télémétrique : préparer sa distance avant même de porter l’appareil à l’œil — ou, dans le cas du GR, devant soi.
C’est une autre manière de photographier.

Toujours pas de viseur : choix philosophique ou lacune ?

C’est probablement le point qui continuera à diviser. Le GR IVx ne possède pas de viseur intégré.
Pour certains photographes, ce n’est absolument pas un problème. Photographier avec l’écran participe même à la discrétion du GR et permet de travailler différemment dans la rue.
Pour d’autres, c’est difficilement acceptable sur un compact photographique haut de gamme.
En plein soleil, lorsqu’on cherche un cadrage extrêmement précis ou simplement lorsqu’on apprécie le contact physique qu’offre un appareil porté à l’œil, l’absence de viseur constitue une vraie limitation.
On pourrait répondre qu’intégrer un EVF augmenterait nécessairement les dimensions. C’est vrai.
Mais cette justification ne fait pas disparaître le problème.
Le GR IVx est donc un appareil dont l’extrême compacité impose directement certaines limites ergonomiques.

265 grammes : son argument le plus redoutable

Les dimensions annoncées sont remarquables : 109,4 × 61,1 × 33,4 mm, pour environ 265 grammes en ordre de marche. C’est probablement ici que les comparaisons purement techniques deviennent trompeuses. Un appareil photo n’est utile que lorsqu’on l’emporte.
Et le GR est précisément conçu pour supprimer cette décision : il peut rester dans une poche ou un petit sac presque en permanence.
Cette disponibilité permanente est peut-être plus importante photographiquement que quelques millions de pixels supplémentaires.
Un appareil de 265 grammes que l’on possède sur soi produit davantage de photographies qu’un système exceptionnel resté à la maison.
C’est une évidence, mais toute la philosophie du GR repose dessus.

53 Go de mémoire interne : excellente idée

Ricoh annonce environ 53 Go de stockage interne, complétés par un emplacement microSD/microSDHC/microSDXC UHS-I. L’idée est excellente. Oublier sa carte mémoire ne signifie plus perdre une journée de photographie. Le choix du microSD, en revanche, sera probablement moins consensuel. Le format permet de gagner de la place, mais il est moins agréable à manipuler qu’une carte SD traditionnelle. Encore une fois, Ricoh privilégie la miniaturisation.

40 mm f/2,8 : le compromis qui pourra frustrer

On peut néanmoins adresser une critique plus fondamentale au GR IVx.
Pourquoi rester à f/2,8 ? Un 40 mm f/2 ou même f/1,8 aurait apporté davantage de possibilités en basse lumière et surtout une profondeur de champ plus réduite. La réponse est probablement évidente : les dimensions. Une optique plus lumineuse aurait rendu le mécanisme rétractable plus complexe et surtout augmenté l’épaisseur du boîtier. Ricoh a donc privilégié la poche plutôt que le bokeh.
C’est parfaitement cohérent avec l’ADN du GR, mais cela signifie également qu’un photographe recherchant beaucoup de détachement du sujet par la profondeur de champ trouvera rapidement les limites du couple APS-C + 40 mm f/2,8.

Un appareil technologiquement conservateur

Voilà finalement le principal paradoxe du GR IVx.

Pris isolément, sa fiche technique n’est pas spectaculaire.

25,7 millions de pixels.
Un objectif f/2,8.
Une focale fixe.
Pas de viseur intégré.
Une autonomie de 250 vues.

Nous sommes loin de la démonstration technologique.
Mais juger le GR IVx uniquement de cette manière reviendrait à reprocher à une Porsche 911 de ne pas posséder sept places.
Le GR repose sur une spécialisation extrême.
Tout est organisé autour de quelques priorités : qualité d’image, rapidité, discrétion et compacité. C’est d’ailleurs la philosophie que Ricoh revendique depuis l’apparition du GR1 argentique en 1996. La famille GR célébrera ses trente ans en octobre 2026.

 

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